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:Des copies certifies des jugements d'Agra et de Delhi, des actes de vente, des ordres donns pour le dpt du capital  la Banque d'Angleterre, un historique des recherches faites en France pour retrouver des hritiers Langvol, et toute une masse imposante de documents du mme ordre, ne permirent bientt plus la moindre hsitation au docteur Sarrasin. Il tait bien et dment le  next of kin  et successeur de la Bgum. Entre lui et les cinq cent vingt-sept millions dposs dans les caves de la Banque, il n'y avait plus que l'paisseur d'un jugement de forme, sur simple production des actes authentiques de naissance et de dcs ! 
:Il suivit de l que la famille du docteur Sarrasin fut bientt celle du jeune Alsacien. D'une nature sensible, sous son apparente froideur, il comprit que toute sa vie devait appartenir  ces braves gens qui lui tenaient lieu de pre et de mre. Il en arriva donc tout naturellement  adorer le docteur Sarrasin, sa femme et la gentille et dj srieuse fillette qui lui avaient rouvert le coeur. Mais ce fut par des faits, non par des paroles, qu'il leur prouva sa reconnaissance. En effet, il s'tait donn la tche agrable de faire de Jeanne, qui aimait l'tude, une jeune fille au sens droit, un esprit ferme et judicieux, et, en mme temps, d'Octave un fils digne de son pre. Cette dernire tche, il faut bien le dire, le jeune homme la rendait moins facile que sa soeur, dj suprieure pour son ge  son frre. Mais Marcel s'tait promis d'atteindre son double but. 
:C'est que Marcel Bruckmann tait un de ces champions vaillants et aviss que l'Alsace a coutume d'envoyer, tous les ans, combattre dans la grande lutte parisienne. Enfant, il se distinguait dj par la duret et la souplesse de ses muscles autant que par la vivacit de son intelligence. Il tait tout volont et tout courage au-dedans, comme il tait au-dehors taill  angles droits. Ds le collge, un besoin imprieux le tourmentait d'exceller en tout, aux barres comme  la balle, au gymnase comme au laboratoire de chimie. Qu'il manqut un prix  sa moisson annuelle, il pensait l'anne perdue. C'tait  vingt ans un grand corps dhanch et robuste, plein de vie et d'action, une machine organique au maximum de tension et de rendement. Sa tte intelligente tait dj de celles qui arrtent le regard des esprits attentifs. Entr le second  l'Ecole centrale, la mme anne qu'Octave, il tait rsolu  en sortir le premier. 
:Debout  cinq heures, il obligeait Octave  l'imiter. Il l'entranait aux cours, et,  la sortie, ne le quittait pas d'une semelle. On rentrait pour se livrer au travail, en le coupant de temps  autre d'une pipe et d'une tasse de caf. On se couchait  dix heures, le coeur satisfait, sinon content, et la cervelle pleine. Une partie de billard de temps en temps, un spectacle bien choisi, un concert du Conservatoire de loin en loin, une course  cheval jusqu'au bois de Verrires, une promenade en fort, deux fois par semaine un assaut de boxe ou d'escrime, tels taient leurs dlassements. Octave manifestait bien par instants des vellits de rvolte, et jetait un coup d'oeil d'envie sur des distractions moins recommandables. Il parlait d'aller voir Aristide Leroux qui  faisait son droit ,  la brasserie Saint-Michel. Mais Marcel se moquait si rudement de ces fantaisies, qu'elles reculaient le plus souvent. 
:Le 29 octobre 1871, vers sept heures du soir, les deux amis taient, selon leur coutume, assis cte  cte  la mme table, sous l'abat-jour d'une lampe commune. Marcel tait plong corps et me dans un problme, palpitant d'intrt, de gomtrie descriptive applique  la coupe des pierres. Octave procdait avec un soin religieux  la fabrication, malheureusement plus importante  son sens, d'un litre de caf. C'tait un des rares articles sur lesquels il se flattait d'exceller, -- peut-tre parce qu'il y trouvait l'occasion quotidienne d'chapper pour quelques minutes  la terrible ncessit d'aligner des quations, dont il lui paraissait que Marcel abusait un peu. Il faisait donc passer goutte  goutte son eau bouillante  travers une couche paisse de moka en poudre, et ce bonheur tranquille aurait d lui suffire. Mais l'assiduit de Marcel lui pesait comme un remords, et il prouvait l'invincible besoin de la troubler de son bavardage. 
:Mme Sarrasin fut un moment blouie. Elle embrassa son fils et sa fille en pleurant de joie. Il lui semblait que l'univers allait tre  eux maintenant, et que le malheur n'oserait jamais s'attaquer  des jeunes gens qui possdaient quelques centaines de millions. Cependant, les femmes ont plus tt fait que les hommes de s'habituer  ces grands coups du sort. Mme Sarrasin relut la lettre de son mari, se dit que c'tait  lui, en somme, qu'il appartenait de dcider de sa destine et de celle de ses enfants, et le calme rentra dans son coeur. Quant  Jeanne, elle tait heureuse  la joie de sa mre et de son frre ; mais son imagination de treize ans ne rvait pas de bonheur plus grand que celui de cette petite maison modeste o sa vie s'coulait doucement entre les leons de ses matres et les caresses de ses parents. Elle ne voyait pas trop en quoi quelques liasses de billets de banque pouvaient changer grand-chose  son existence, et cette perspective ne la troubla pas un instant. 
:Par un sentiment assez singulier, le docteur Sarrasin fut contrari de voir la nouvelle rendue publique. Ce n'tait pas seulement  cause des importunit que son exprience des choses humaines lui faisait dj prvoir, mais il tait humili de l'importance qu'on paraissait attribuer  cet vnement. Il lui semblait tre rapetiss personnellement de tout l'norme chiffre de son capital. Ses travaux, son mrite personnel -- il en avait le sentiment profond --, se trouvaient dj noys dans cet ocan d'or et d'argent, mme aux yeux de ses confrres. Ils ne voyaient plus en lui le chercheur infatigable, l'intelligence suprieure et dlie, l'inventeur ingnieux, ils voyaient le demi-milliard. Et-il t un goitreux des Alpes, un Hottentot abruti, un des spcimens les plus dgrads de l'humanit au lieu d'en tre un des reprsentants suprieurs, son poids et t le mme. Lord Glandover avait dit le mot, il  valait  dsormais vingt et un millions sterling, ni plus, ni moins. 
:Immdiatement coup par les ciseaux diligents du rdacteur en chef et secrtaire unique de l'Echo nerlandais et traduit dans la langue de Cuyp et de Potter, le fait divers arriva, le 2 novembre, sur les ailes de la vapeur, au Mmorial de Brme. L, il revtit, sans changer de corps, un vtement neuf, et ne tarda pas  se voir imprimer en allemand. Pourquoi faut-il constater ici que le journaliste teuton, aprs avoir crit en tte de la traduction : Eine ubergrosse Erbschaft, ne craignit pas de recourir  un subterfuge mesquin et d'abuser de la crdulit de ses lecteurs en ajoutant entre parenthses : Correspondance spciale de Brighton ? 
:Si haut plac que ft un tel personnage dans l'chelle des tres, il ne prsentait  premire vue rien d'extraordinaire. C'tait un homme de quarante-cinq ou six ans, d'assez forte taille ; ses paules carres indiquaient une constitution robuste ; son front tait chauve, et le peu de cheveux qu'il avait gards  l'occiput et aux tempes rappelaient le blond filasse. Ses yeux taient bleus, de ce bleu vague qui ne trahit jamais la pense. Aucune lueur ne s'en chappe, et cependant on se sent comme gn sitt qu'ils vous regardent. La bouche du professeur Schultze tait grande, garnie d'une de ces doubles ranges de dents formidables qui ne lchent jamais leur proie, mais enfermes dans des lvres minces, dont le principal emploi devait tre de numroter les paroles qui pouvaient en sortir. Tout cela composait un ensemble inquitant et dsobligeant pour les autres, dont le professeur tait visiblement trs satisfait pour lui-mme. 
:Il tait prs de minuit, lorsque le professeur signa le dernier feuillet, et il passa aussitt dans sa chambre  coucher pour y prendre un repos bien gagn. Ce fut dans son lit seulement qu'il rompit la bande de son journal et en commena la lecture, avant de s'endormir. Au moment o le sommeil semblait venir, l'attention du professeur fut attire par un nom tranger, celui de  Langvol , dans le fait divers relatif  l'hritage monstre. Mais il eut beau vouloir se rappeler quel souvenir pouvait bien voquer en lui ce nom, il n'y parvint pas. Aprs quelques minutes donnes  cette recherche vaine, il jeta le journal, souffla sa bougie et fit bientt entendre un ronflement sonore. 
:Tout  coup, et au moment o il allait demander  sa montre quelle heure il tait, il fut illumin d'un clair subit. Se jetant alors sur le journal qu'il retrouva au pied de son lit, il lut et relut plusieurs fois de suite, en se passant la main sur le front comme pour y concentrer ses ides, l'alina qu'il avait failli la veille laisser passer inaperu. La lumire, videmment, se faisait dans son cerveau, car, sans prendre le temps de passer sa robe de chambre  ramages, il courut  la chemine, dtacha un petit portrait en miniature pendu prs de la glace, et, le retournant, passa sa manche sur le carton poussireux qui en formait l'envers. 
:Cependant, il fit connatre  Herr Schultze les titres du docteur Sarrasin, lui donna les preuves  l'appui et lui insinua que, si Billows, Green et Sharp se chargeaient cependant de tirer un parti avantageux pour le professeur de l'apparence de droits --  apparences seulement, mon cher monsieur, et qui, je le crains, ne rsisteraient pas  un bon procs  --, que lui donnait sa parent avec le docteur, il comptait que le sens si remarquable de la justice que possdaient tous les Allemands admettrait que Billows, Green et Sharp acquraient aussi, en cette occasion, des droits d'ordre diffrent, mais bien plus imprieux,  la reconnaissance du professeur. 
:Il en restait donc au professeur, s'il croyait ses droits bien tablis, qu'  plaider . Mr. Sharp, qui n'apportait en cette affaire qu'un dsintressement absolu, une vritable curiosit d'amateur, n'avait certe pas l'intention de l'en dissuader. Que pouvait demander un solicitor, sinon un procs, dix procs, trente ans de procs, comme la cause semblait les porter en ses flancs ? Lui, Sharp, personnellement, en tait ravi. S'il n'avait pas craint de faire au professeur Schultze une offre suspecte de sa part, il aurait pouss le dsintressement jusqu' lui indiquer un de ses confrres, qu'il pt charger de ses intrts... Et certes le choix avait de l'importance ! La carrire lgale tait devenue un vritable grand chemin !... Les aventuriers et les brigands y foisonnaient !... Il le constatait, la rougeur au front !... 
:Lorsque le docteur Sarrasin, rappel ds le lendemain par Mr. Sharp, lui demanda avec tranquillit s'il avait quelques nouvelles srieuses  lui donner, le solicitor, inquiet de cette tranquillit mme, l'informa qu'un examen srieux l'avait convaincu que le mieux serait peut-tre de couper le mal dans sa racine et de proposer une transaction  ce prtendant nouveau. C'tait l, le docteur Sarrasin en conviendrait, un conseil essentiellement dsintress et que bien peu de solicitors eussent donn  la place de Mr. Sharp ! Mais il mettait son amour- propre  rgler rapidement cette affaire, qu'il considrait avec des yeux presque paternels. 
:Le docteur Sarrasin coutait ces conseils et les trouvait relativement assez sages. Il s'tait si bien habitu depuis quelques jours  l'ide de raliser immdiatement son rve scientifique, qu'il subordonnait tout  ce projet. Attendre dix ans ou seulement un an avant de pouvoir l'excuter aurait t maintenant pour lui une cruelle dception. Peu familier d'ailleurs avec les questions lgales et financires, et sans tre dupe des belles paroles de matre Sharp, il aurait fait bon march de ses droits pour une bonne somme paye comptant qui lui permt de passer de la thorie  la pratique. Il donna donc galement carte blanche  Mr. Sharp et repartit. 
:Le solicitor avait obtenu ce qu'il voulait. Il tait bien vrai qu'un autre aurait peut-tre cd,  sa place,  la tentation d'entamer et de prolonger des procdures destines  devenir, pour son tude, une grosse rente viagre. Mais Mr. Sharp n'tait pas de ces gens qui font des spculations  long terme. Il voyait  sa porte le moyen facile d'oprer d'un coup une abondante moisson, et il avait rsolu de le saisir. Le lendemain, il crivit au docteur en lui laissant entrevoir que Herr Schultze ne serait peut-tre pas oppos  toute ide d'arrangement. Dans de nouvelles visites, faites par lui, soit au docteur Sarrasin, soit  Herr Schultze, il disait alternativement  l'un et  l'autre que la partie adverse ne voulait dcidment rien entendre, et que, par surcrot, il tait question d'un troisime candidat allch par l'odeur... 
:Ce jeu dura huit jours. Tout allait bien le matin, et le soir il s'levait subitement une objection imprvue qui drangeait tout. Ce n'tait plus pour le bon docteur que chausse-trapes, hsitations, fluctuations. Mr. Sharp ne pouvait se dcider  tirer l'hameon, tant il craignait qu'au dernier moment le poisson ne se dbattt et ne ft casser la corde. Mais tant de prcaution tait, en ce cas, superflu. Ds le premier jour, comme il l'avait dit, le docteur Sarrasin, qui voulait avant tout s'pargner les ennuis d'un procs, avait t prt pour un arrangement. Lorsque enfin Mr. Sharp crut que le moment psychologique, selon l'expression clbre, tait arriv, ou que, dans son langage moins noble, son client tait  cuit  point , il dmasqua tout  coup ses batteries et proposa une transaction immdiate. 
:Les actes taient rdigs, les tmoins racols, les machines  timbrer de Somerset House prtes  fonctionner. Herr Schultze s'tait rendu. Mis par ledit Sharp au pied du mur, il avait pu s'assurer en frmissant qu'avec un adversaire de moins bonne composition que le docteur Sarrasin, il en et t certainement pour ses frais. Ce fut bientt termin. Contre leur mandat formel et leur acceptation d'un partage gal, les deux hritiers reurent chacun un chque  valoir de cent mille livres sterling, payable  vue, et des promesses de rglement dfinitif, aussitt aprs l'accomplissement des formalits lgales. 
:D'ailleurs, ce projet n'tait pour Herr Schultze que trs secondaire ; il ne faisait que s'ajouter  ceux, beaucoup plus vastes, qu'il formait pour la destruction de tous les peuples qui refuseraient de se fusionner avec le peuple germain et de se runir au Vaterland. Cependant, voulant connatre  fond -- si tant est qu'ils pussent avoir un fond --, les plans du docteur Sarrasin, dont il se constituait dj l'implacable ennemi, il se fit admettre au Congrs international d'Hygine et en suivit assidment les sances. C'est au sortir de cette assemble que quelques membres, parmi lesquels se trouvait le docteur Sarrasin lui- mme, l'entendirent un jour faire cette dclaration : qu'il s'lverait en mme temps que France-Ville une cit forte qui ne laisserait pas subsister cette fourmilire absurde et anormale. 
:C'est au centre de ces villages, au pied mme des CoalsButts, inpuisables montagnes de charbon de terre, que s'lve une masse sombre, colossale, trange, une agglomration de btiments rguliers percs de fentres symtriques, couverts de toits rouges, surmonts d'une fort de chemines cylindriques, et qui vomissent par ces mille bouches des torrents continus de vapeurs fuligineuses. Le ciel en est voil d'un rideau noir, sur lequel passent par instants de rapides clairs rouges. Le vent apporte un grondement lointain, pareil  celui d'un tonnerre ou d'une grosse houle, mais plus rgulier et plus grave. 
:Les lingots de fonte, jets dans un four doubl d'un revtement de scories, y taient d'abord ports  une temprature leve. Pour obtenir du fer, on aurait commenc  brasser cette fonte aussitt qu'elle serait devenue pteuse. Pour obtenir de l'acier, ce carbure de fer, si voisin et pourtant si distinct par ses proprits de son congnre, on attendait que la fonte ft fluide et l'on avait soin de maintenir dans les fours une chaleur plus forte. Le puddleur, alors, du bout de son crochet, ptrissait et roulait en tous sens la masse mtallique ; il la tournait et retournait au milieu de la flamme ; puis, au moment prcis o elle atteignait, par son mlange avec les scories, un certain degr de rsistance, il la divisait en quatre boules ou  loupes  spongieuses, qu'il livrait, une  une, aux aides-marteleurs. 
:C'est dans l'axe mme de la halle que se poursuivait l'opration. En face de chaque four et lui correspondant, un marteau-pilon, mis en mouvement par la vapeur d'une chaudire verticale loge dans la chemine mme, occupait un ouvrier  cingleur . Arm de pied en cap de bottes et de brassards de tle, protg par un pais tablier de cuir, masqu de toile mtallique, ce cuirassier de l'industrie prenait au bout de ses longues tenailles la loupe incandescente et la soumettait au marteau. Battue et rebattue sous le poids de cette norme masse, elle exprimait comme une ponge toutes les matires impures dont elle s'tait charge, au milieu d'une pluie d'tincelles et d'claboussures. 
:Un officier arm d'un sifflet, son chronomtre  fractions de seconde en main, se portait prs du moule, convenablement log  proximit de tous les fours en action. De chaque ct, des conduits en terre rfractaire, recouverte de tle, convergeaient, en descendant sur des pentes douces, jusqu' une cuvette en entonnoir, place directement au-dessus du moule. Le commandant donnait un coup de sifflet. Aussitt, un creuset, tir du feu  l'aide d'une pince, tait suspendu  la barre de fer des deux ouvriers arrts devant le premier four. Le sifflet commenait alors une srie de modulations, et les deux hommes venaient en mesure vider le contenu de leur creuset dans le conduit correspondant. Puis ils jetaient dans une cuve le rcipient vide et brlant. 
:Schwartz s'endormit en prononant le nom du docteur Sarrasin ; mais, dans son sommeil, ce fut le nom de Jeanne, petite fille, qui revint sur ses lvres. Le souvenir de la fillette tait rest entier, encore bien que Jeanne, depuis qu'il l'avait quitte, ft devenue une jeune demoiselle. Ce phnomne s'explique aisment par les lois ordinaires de l'association des ides : l'ide du docteur renfermait celle de sa fille, association par contigut. Aussi, lorsque Schwartz, ou plutt Marcel Bruckmann, s'veilla, ayant encore le nom de Jeanne  la pense, il ne s'en tonna pas et vit dans ce fait une nouvelle preuve de l'excellence des principes psychologiques de Stuart Mill. 
:Quoique  peine g de treize ans, Carl tait employ dans la houillre pour fermer et ouvrir, au passage des wagonnets de charbon, une de ces portes d'air qui sont indispensables  la ventilation des galeries, en forant le courant  suivre une direction dtermine. La maison tenue  bail par sa mre, se trouvant trop loin du puits Albrecht pour qu'il pt rentrer tous les soirs au logis, on lui avait donn par surcrot une petite fonction nocturne au fond de la mine mme. Il tait charg de garder et de panser six chevaux dans leur curie souterraine, pendant que le palefrenier remontait au-dehors. 
:Comme on peut bien penser, aprs une pareille semaine, lorsqu'il sortait du puits, son aspect n'tait pas prcisment celui d'un jeune  gommeux . Il ressemblait plutt  un gnome de ferie,  un ramoneur ou  un Ngre papou. Aussi dame Bauer consacrait-elle gnralement une grande heure  le dbarbouiller  grand renfort d'eau chaude et de savon. Puis, elle lui faisait revtir un bon costume de gros drap vert, taill dans une dfroque paternelle qu'elle tirait des profondeurs de sa grande armoire de sapin, et, de ce moment jusqu'au soir, elle ne se lassait pas d'admirer son garon, le trouvant le plus beau du monde. 
:Son grand bonheur tait de s'asseoir auprs de sa mre,  la table carre qui occupait le milieu de la salle basse, et de piquer sur un carton une multitude d'insectes affreux qu'il rapportait des entrailles de la terre. L'atmosphre tide et gale des mines a sa faune spciale, peu connue des naturalistes, comme les parois humides de la houille ont leur flore trange de mousses verdtres, de champignons non dcrits et de flocons amorphes. C'est ce que l'ingnieur Maulesmulhe, amoureux d'entomologie, avait remarqu, et il avait promis un petit cu pour chaque espce nouvelle dont Carl pourrait lui apporter un spcimen. Perspective dore, qui avait d'abord amen le garonnet  explorer avec soin tous les recoins de la houillre, et qui, petit  petit, avait fait de lui un collectionneur. Aussi, c'tait pour son propre compte qu'il recherchait maintenant les insectes. 
:Il y avait Blair-Athol, surtout, le doyen de l'curie, un vieux philosophe, descendu depuis six ans  cinq cents mtres au-dessous du niveau de la mer, et qui n'avait jamais revu la lumire du jour. Il tait maintenant presque aveugle. Mais comme il connaissait bien son labyrinthe souterrain ! Comme il savait tourner  droite ou  gauche, en tranant son wagon, sans jamais se tromper d'un pas ! Comme il s'arrtait  point devant les portes d'air, afin de laisser l'espace ncessaire  les ouvrir ! Comme il hennissait amicalement, matin et soir,  la minute exacte o sa provende lui tait due ! Et si bon, si caressant, si tendre ! 
:Ainsi bavardait l'enfant, et dame Bauer l'coutait avec ravissement. Elle aimait Blair-Athol, elle aussi, de toute l'affection que lui portait son garon, et ne manquait gure,  l'occasion, de lui envoyer un morceau de sucre. Que n'aurait-elle pas donn pour aller voir ce vieux serviteur, que son homme avait connu, et en mme temps visiter l'emplacement sinistre o le cadavre du pauvre Bauer, noir comme de l'encre, carbonis par le feu grisou, avait t retrouv aprs l'explosion ?... Mais les femmes ne sont pas admises dans la mine, et il fallait se contenter des descriptions incessantes que lui en faisait son fils. 
:Ah ! elle la connaissait bien, cette houillre, ce grand trou noir d'o son mari n'tait pas revenu ! Que de fois elle avait attendu, auprs de cette gueule bante, de dix-huit pieds de diamtre, suivi du regard, le long du muraillement en pierres de taille, la double cage en chne dans laquelle glissaient les bennes accroches  leur cble et suspendues aux poulies d'acier, visit la haute charpente extrieure, le btiment de la machine  vapeur, la cabine du marqueur, et le reste ! Que de fois elle s'tait rchauffe au brasier toujours ardent de cette norme corbeille de fer o les mineurs schent leurs habits en mergeant du gouffre, o les fumeurs impatients allument leur pipe ! Comme elle tait familire avec le bruit et l'activit de cette porte infernale ! Les receveurs qui dtachent les wagons chargs de houille, les accrocheurs, les trieurs, les laveurs, les mcaniciens, les chauffeurs, elle les avait tous vus et revus  la tche ! 
:Du reste il se montrait lui-mme un ouvrier exemplaire et n'avait pas tard  tre promu d'abord  la seconde, puis  la premire classe. Tous les matins,  sept heures, il tait  la porte 0. Tous les soirs, aprs son souper, il se rendait au cours profess par l'ingnieur Trubner. Gomtrie, algbre, dessin de figures et de machines, il abordait tout avec une gale ardeur, et ses progrs taient si rapides, que le matre en fut vivement frapp. Deux mois aprs tre entr  l'usine Schultze, le jeune ouvrier tait dj not comme une des intelligences les plus ouvertes, non seulement du secteur 0, mais de toute la Cit de l'Acier. Un rapport de son chef immdiat, expdi  la fin du trimestre, portait cette mention formelle : 
:-- Les voici : 1 Vous tes astreint, pour toute la dure de votre engagement,  rsider dans la division mme. Vous ne pouvez en sortir que sur autorisation spciale et tout  fait exceptionnelle. -- 2 Vous tes soumis au rgime militaire, et vous devez obissance absolue, sous les peines militaires,  vos suprieurs. Par contre, vous tes assimil aux sous-officiers d'une arme active, et vous pouvez, par un avancement rgulier, vous lever aux plus hauts grades. -- 3 Vous vous engagez par serment  ne jamais rvler  personne ce que vous voyez dans la partie de la division o vous avez accs. -- 4 Votre correspondance est ouverte par vos chefs hirarchiques,  la sortie comme  la rentre, et doit tre limite  votre famille.  
:Elle ne paraissait pas devoir tre aussi triste qu'il l'aurait cru d'abord. Ses camarades -- il fit leur connaissance au restaurant -- taient en gnral calmes et doux, comme tous les hommes de travail. Pour essayer de s'gayer un peu, car la gaiet manquait  cette vie automatique, plusieurs d'entre eux avaient form un orchestre et faisaient tous les soirs d'assez bonne musique. Une bibliothque, un salon de lecture offraient  l'esprit de prcieuses ressources au point de vue scientifique, pendant les rares heures de loisir. Des cours spciaux, faits par des professeurs de premier mrite, taient obligatoires pour tous les employs, soumis en outre  des examens et  des concours frquents. Mais la libert, l'air manquaient dans cet troit milieu. C'tait le collge avec beaucoup de svrits en plus et  l'usage d'hommes faits. L'atmosphre ambiante ne laissait donc pas de peser sur ces esprits, si faonns qu'ils fussent  une discipline de fer. 
:L'hiver s'acheva dans ces travaux, auxquels Marcel s'tait donn corps et me. Son assiduit, la perfection de ses dessins, les progrs extraordinaires de son instruction, signals unanimement par tous les matres et tous les examinateurs, lui avaient fait en peu de temps, au milieu de ces hommes laborieux, une clbrit relative. Du consentement gnral, il tait le dessinateur le plus habile, le plus ingnieux, le plus fcond en ressources. Y avait-il une difficult ? C'est  lui qu'on recourait. Les chefs eux-mmes s'adressaient  son exprience avec le respect que le mrite arrache toujours  la jalousie la plus marque. 
:Sa vie tait enferme dans une grille de fer de trois cents mtres de diamtre, qui entourait le segment du Bloc central auquel il tait attach. Intellectuellement, son activit pouvait et devait s'tendre aux branches les plus lointaines de l'industrie mtallurgique. En pratique, elle tait limite  des dessins de machines  vapeur. Il en construisait de toutes dimensions et de toutes forces, pour toutes sortes d'industries et d'usages, pour des navires de guerre et pour des presses  imprimer ; mais il ne sortait pas de cette spcialit. La division du travail pousse  son extrme limite l'enserrait dans son tau. 
:Encore une fort vierge gagne-t-elle beaucoup a tre vu  travers les descriptions des grands crivains, tandis que le parc de Herr Schultze tait le mieux peign des Jardins d'agrment. Les palmiers les plus lancs, les bananiers les plus touffus, les cactus les plus obses en formaient les massifs. Des lianes s'enroulaient lgamment aux grles eucalyptus, se drapaient en festons verts ou retombaient en chevelures opulentes. Les plantes grasses les plus invraisemblables fleurissaient en pleine terre. Les ananas et les goyaves mrissaient auprs des oranges. Les colibris et les oiseaux de paradis talaient en plein air les richesses de leur plumage. Enfin, la temprature mme tait aussi tropicale que la vgtation. 
:Mais cette explication, que se donna la raison du jeune Alsacien, n'empcha pas ses yeux d'tre blouis et charms du vert des pelouses, et ses narines d'aspirer avec ravissement les armes qui emplissaient l'atmosphre. Aprs six mois passs sans voir un brin d'herbe, il prenait sa revanche. Une alle sable le conduisit par une pente insensible au pied d'un beau degr de marbre, domin par une majestueuse colonnade. En arrire se dressait la masse norme d'un grand btiment carr qui tait comme le pidestal de la Tour du Taureau. Sous le pristyle, Marcel aperut sept  huit valets en livre rouge, un suisse  tricorne et hallebarde ; il remarqua entre les colonnes de riches candlabres de bronze, et, comme il montait le degr, un lger grondement lui rvla que le chemin de fer souterrain passait sous ses pieds. 
:Marcel avait jou gros jeu, mais il avait gagn, grce  la surprise produite par un langage si audacieux et si inattendu, grce  la violence du dpit qu'il avait provoqu, la vanit tant plus forte chez l'ex-professeur que la prudence. Schultze avait soif de dvoiler son secret, et, comme malgr lui, pntrant dans son cabinet de travail, dont il referma la porte avec soin, il marcha droit  sa bibliothque et en toucha un des panneaux. Aussitt, une ouverture, masque par des ranges de livres, apparut dans la muraille. C'tait l'entre d'un passage troit qui conduisait, par un escalier de pierre, jusqu'au pied mme de la Tour du Taureau. 
:C'tait la plus grosse pice de sige que Marcel et jamais vue. Elle devait peser au moins trois cent mille kilogrammes, et se chargeait par la culasse. Le diamtre de sa bouche mesurait un mtre et demi. Monte sur un afft d'acier et roulant sur des rubans de mme mtal, elle aurait pu tre manoeuvre par un enfant, tant les mouvements en taient rendus faciles par un systme de roues dentes. Un ressort compensateur, tabli en arrire de l'afft, avait pour effet d'annuler le recul ou du moins de produire une raction rigoureusement gale, et de replacer automatiquement la pice, aprs chaque coup, dans sa position premire. 
:-- Il n'est fait que pour aller  deux lieues, rpondit Herr Schultze en souriant. Mais, ajouta-t-il en montrant un autre obus, voici un projectile en fonte. Il est plein, celui-l et contient cent petits canons symtriquement disposs encastrs les uns dans les autres comme les tubes d'une lunette, et qui, aprs avoir t lancs comme projectiles redeviennent canons, pour vomir  leur tour de petits obus chargs de matires incendiaires. C'est comme une batterie que je lance dans l'espace et qui peut porter l'incendie et la mort sur toute une ville en la couvrant d'une averse de feux inextinguibles ! Il a le poids voulu pour franchir les dix lieues dont j'ai parl ! Et, avant peu, l'exprience en sera faite de telle manire, que les incrdules pourront toucher du doigt cent mille cadavres qu'il aura couchs  terre !  
:-- Mon cher, rpondit Herr Schultze, il y a dans votre cerveau, bien organis sous d'autres rapports, un fonds d'ides celtiques qui vous nuiraient beaucoup, si vous deviez vivre longtemps ! Le droit, le bien, le mal, sont choses purement relatives et toutes de convention. Il n'y a d'absolu que les grandes lois naturelles. La loi de concurrence vitale l'est au mme titre que celle de la gravitation. Vouloir s'y soustraire, c'est chose insense ; s'y ranger et agir dans le sens qu'elle nous indique, c'est chose raisonnable et sage, et voil pourquoi je dtruirai la cit du docteur Sarrasin. Grce  mon canon, mes cinquante mille Allemands viendront facilement  bout des cent mille rveurs qui constituent l-bas un groupe condamn  prir.  
: Vous tes trop intelligent, reprit Herr Schultze, pour supposer que je puisse vous laisser vivre, maintenant que vous savez  quoi vous en tenir sur mes projets. Ce serait une lgret impardonnable, ce serait illogique. La grandeur de mon but me dfend d'en compromettre le succs pour une considration d'une valeur relative aussi minime que la vie d'un homme, -- mme d'un homme tel que vous, mon cher, dont j'estime tout particulirement la bonne organisation crbrale. Aussi, je regrette vritablement qu'un petit mouvement d'amour-propre m'ait entran trop loin et me mette  prsent dans la ncessit de vous supprimer. Mais, vous devez le comprendre, en face des intrts auxquels je me suis consacr, il n'y a plus de question de sentiment. Je puis bien vous le dire, c'est d'avoir pntr mon secret que votre prdcesseur Sohne est mort, et non pas par l'explosion d'un sachet de dynamite !... La rgle est absolue, il faut qu'elle soit inflexible ! Je n'y puis rien changer.  
:Avec cela, muets comme des poissons. Marcel ayant voulu, dans un but diplomatique, lier conversation avec eux, n'avait obtenu en rponse que des regards froces. Mme l'offre d'un verre de bire, qu'il avait quelque raison de croire irrsistible, tait reste infructueuse. Aprs quinze heures d'observation, il ne leur connaissait qu'un vice -- un seul --, la pipe, qu'ils prenaient la libert de fumer sur ses talons. Cet unique vice, Marcel pourrait-il l'exploiter au profit de son propre salut ? Il ne le savait pas, il ne pouvait encore l'imaginer, mais il s'tait jur  lui-mme de fuir, et rien ne devait tre nglig de ce qui pouvait amener son vasion. Or, cela pressait. Seulement, comment s'y prendre ? 
:Cinq minutes de travail n'avaient pas encore dtach ce pne. La grille restait obstinment ferme. Dj Marcel ne respirait plus qu'avec une difficult extrme. L'air, trs rarfi dans le rservoir, ne lui arrivait qu'en une insuffisante quantit. Des bourdonnements aux oreilles, le sang aux yeux, la congestion le prenant  la tte, tout indiquait qu'une imminente asphyxie allait le foudroyer ! Il rsistait, cependant, il retenait sa respiration afin de consommer le moins possible de cet oxygne que ses poumons taient impropres  dgager de ce milieu !... mais le pne ne cdait pas, quoique largement entam ! 
: Cette merveilleuse cit s'est leve comme par enchantement sur la rive embaume du Pacifique. Nous n'examinerons pas si, comme on l'assure, le plan primitif et l'ide premire de cette entreprise appartiennent  un Franais, le docteur Sarrasin. La chose est possible, tant donn que ce mdecin peut se targuer d'une parent loigne avec notre illustre Roi de l'Acier. Mme, soit dit en passant, on ajoute que la captation d'un hritage considrable, qui revenait lgitimement  Herr Schultze, n'a pas t trangre  la fondation de France-Ville. Partout o il se fait quelque bien dans le monde, on peut tre certain de trouver une semence germanique ; c'est une vrit que nous sommes fiers de constater  l'occasion. Mais, quoi qu'il en soit, nous devons  nos lecteurs des dtails prcis et authentiques sur cette vgtation spontane d'une cit modle. 
: Qu'on n'en cherche pas le nom sur la carte. Mme le grand atlas en trois cent soixante-dix-huit volumes in-folio de notre minent Tuchtigmann, o sont indiqus avec une exactitude rigoureuse tous les buissons et bouquets d'arbres de l'Ancien et du Nouveau Monde, mme ce monument gnreux de la science gographique applique  l'art du tirailleur, ne porte pas encore la moindre trace de France- Ville. A la place o s'lve maintenant la cit nouvelle s'tendait encore, il y a cinq ans, une lande dserte. C'est le point exact indiqu sur la carte par le 43e degr 11' 3'' de latitude nord, et le 124e degr 41' 17" de longitude  l'ouest de Greenwich. Il se trouve, comme on voit, au bord de l'ocan Pacifique et au pied de la chane secondaire des montagnes Rocheuses qui a reu le nom de Monts-des-Cascades,  vingt lieues au nord du cap Blanc, Etat d'Oregon, Amrique septentrionale. 
: 6 Toutes les maisons seront bties sur une vote de fondations, ouverte de tous cts, et formant sous le premier plan d'habitation un sous-sol d'aration en mme temps qu'une halle. Les conduits  eau et les dcharges y seront  dcouvert, appliqus au pilier central de la vote, de telle sorte qu'il soit toujours ais d'en vrifier l'tat, et, en cas d'incendie, d'avoir immdiatement l'eau ncessaire. L'aire de cette halle, leve de cinq  six centimtres au-dessus du niveau de la rue, sera proprement sable. Une porte et un escalier spcial la mettront en communication directe avec les cuisines ou offices, et toutes les transactions mnagres pourront s'oprer l sans blesser la vue ou l'odorat. 
: 8 Le plan des appartements est laiss  la fantaisie individuelle. Mais deux dangereux lments de maladie, vritables nids  miasmes et laboratoires de poisons, en sont impitoyablement proscrits : les tapis et les papiers peints. Les parquets, artistement construits de bois prcieux assembls en mosaques par d'habiles bnistes, auraient tout  perdre  se cacher sous des lainages d'une propret douteuse. Quant aux murs, revtus de briques vernies, ils prsentent aux yeux l'clat et la varit des appartements intrieurs de Pompi, avec un luxe de couleurs et de dure que le papier peint, charg de ses mille poisons subtils, n'a jamais pu atteindre. On les lave comme on lave les glaces et les vitres, comme on frotte les parquets et les plafonds. Pas un germe morbide ne peut s'y mettre en embuscade. 
: 9 Chaque chambre  coucher est distincte du cabinet de toilette. On ne saurait trop recommander de faire de cette pice, o se passe un tiers de la vie, la plus vaste, la plus are et en mme temps la plus simple. Elle ne doit servir qu'au sommeil : quatre chaises, un lit en fer, muni d'un sommier  jours et d'un matelas de laine frquemment battu, sont les seuls meubles ncessaires. Les dredons, couvre-pieds piqus et autres, allis puissants des maladies pidemiques, en sont naturellement exclus. De bonnes couvertures de laine, lgres et chaudes, faciles  blanchir, suffisent amplement  les remplacer. Sans proscrire formellement les rideaux et les draperies, on doit conseiller du moins de les choisir parmi les toffes susceptibles de frquents lavages. 
: Les hpitaux sont peu nombreux, car le systme de l'assistance  domicile est gnral, et ils sont rservs aux trangers sans asile et  quelques cas exceptionnels. Il est  peine besoin d'ajouter que l'ide de faire d'un hpital un difice plus grand que tous les autres et d'entasser dans un mme foyer d'infection sept  huit cents malades, n'a pu entrer dans la tte d'un fondateur de la cit modle. Loin de chercher, par une trange aberration,  runir systmatiquement plusieurs patients, on ne pense au contraire qu' les isoler. C'est leur intrt particulier aussi bien que celui du public. Dans chaque maison, mme, on recommande de tenir autant que possible le malade en un appartement distinct. Les hpitaux ne sont que des constructions exceptionnelles et restreintes, pour l'accommodation temporaire de quelques cas pressants. 
: Il y voit que l'quilibre parfait de toutes ses fonctions est une des ncessits de la sant ; que le travail et le repos sont galement indispensables  ses organes ; que la fatigue est ncessaire  son cerveau comme  ses muscles ; que les neuf diximes des maladies sont dues  la contagion transmise par l'air ou les aliments. Il ne saurait donc entourer sa demeure et sa personne de trop de "quarantaines" sanitaires. Eviter l'usage des poisons excitants, pratiquer les exercices du corps, accomplir consciencieusement tous les jours une tche fonctionnelle, boire de la bonne eau pure, manger des viandes et des lgumes sains et simplement prpars, dormir rgulirement sept  huit heures par nuit, tel est l'ABC de la sant. 
: S'il nous est permis, toutefois, d'exprimer notre opinion sincre, nous n'avons qu'une foi mdiocre dans le succs dfinitif de l'exprience. Nous y apercevons un vice originel et vraisemblablement fatal, qui est de se trouver aux mains d'un comit o l'lment latin domine et dont l'lment germanique a t systmatiquement exclu. C'est l un fcheux symptme. Depuis que le monde existe, il ne s'est rien fait de durable que par l'Allemagne, et il ne se fera rien sans elle de dfinitif. Les fondateurs de France-Ville auront bien pu dblayer le terrain, lucider quelques points spciaux ; mais ce n'est pas encore sur ce point de l'Amrique, c'est aux bords de la Syrie que nous verrons s'lever un jour la vraie cit modle.  
:Cache dans d'pais massifs de lauriers-roses et de tamarins, la cit s'allongeait gracieusement au pied des Cascade-Mounts et prsentait ses quais de marbre aux vagues courtes du Pacifique, qui venaient les caresser sans bruit. Les rues, arroses avec soin, rafrachies par la brise, offraient aux yeux le spectacle le plus riant et le plus anim. Les arbres qui les ombrageaient bruissaient doucement. Les pelouses verdissaient. Les fleurs des parterres, rouvrant leurs corolles, exhalaient toutes  la fois leurs parfums. Les maisons souriaient, calmes et coquettes dans leur blancheur. L'air tait tide, le ciel bleu comme la mer, qu'on voyait miroiter au bout des longues avenues. 
:Un voyageur, arrivant dans la ville, aurait t frapp de l'air de sant des habitants, de l'activit qui rgnait dans les rues. On fermait justement les acadmies de peinture, de musique, de sculpture, la bibliothque, qui taient runies dans le mme quartier et o d'excellents cours publics taient organiss par sections peu nombreuses, -- ce qui permettait  chaque lve de s'approprier  lui seul tout le fruit de la leon. La foule, sortant de ces tablissements, occasionna pendant quelques instants un certain encombrement ; mais aucune exclamation d'impatience, aucun cri ne se fit entendre. L'aspect gnral tait tout de calme et de satisfaction. 
:Jusque-l, Marcel avait t la boussole du pauvre Octave, incapable de se conduire lui-mme. Lorsque le jeune Alsacien fut parti, son camarade d'enfance finit peu  peu par mener  Paris ce qu'on appelle la vie  grandes guides. Le mot tait, dans le cas prsent, d'autant plus juste que la sienne se passait en grande partie sur le sige lev d'un norme coach  quatre chevaux, perptuellement en voyage entre l'avenue Marigny, o il avait pris un appartement, et les divers champs de courses de la banlieue. Octave Sarrasin, qui, trois mois plus tt, savait  peine rester en selle sur les chevaux de mange qu'il louait  l'heure, tait devenu subitement un des hommes de France les plus profondment verss dans les mystres de l'hippologie. Son rudition tait emprunte  un groom anglais qu'il avait attach  son service et qui le dominait entirement par l'tendue de ses connaissances spciales. 
:M. Lentz, selon le programme du docteur, dans lequel l'enseignement religieux n'tait pas oubli, avait fond plusieurs coles primaires o les soins du matre tendaient  dvelopper l'esprit de l'enfant en le soumettant  une gymnastique intellectuelle, calcule de manire  suivre l'volution naturelle de ses facults. On lui apprenait  aimer une science avant de s'en bourrer, vitant ce savoir qui, dit Montaigne,  nage en la superficie de la cervelle , ne pntre pas l'entendement, ne rend ni plus sage ni meilleur. Plus tard, une intelligence bien prpare saurait, elle-mme, choisir sa route et la suivre avec fruit. 
: C'tait  eux de choisir le parti qu'ils croyaient le meilleur  prendre, poursuivit-il. Bien des gens sans courage et sans patriotisme aimeraient peut-tre mieux cder le terrain, et laisser les agresseurs s'emparer de la patrie nouvelle. Mais le colonel tait sr d'avance que des propositions si pusillanimes ne trouveraient pas d'cho parmi ses concitoyens. Les hommes qui avaient su comprendre la grandeur du but poursuivi par les fondateurs de la cit modle, les hommes qui avaient su en accepter les lois, taient ncessairement des gens de coeur et d'intelligence. Reprsentants sincres et militants du progrs, ils voudraient tout faire pour sauver cette ville incomparable, monument glorieux lev  l'art d'amliorer le sort de l'homme ! Leur devoir tait donc de donner leur vie pour la cause qu'ils reprsentaient.  
:C'est cette question qu'tudiait avec activit le Conseil de dfense, et, le jour o une affiche annona que le problme tait rsolu, personne n'en douta. Les citoyens accoururent se proposer en masse pour excuter les travaux ncessaires. Aucun emploi n'tait ddaign, qui devait contribuer  l'oeuvre de dfense. Des hommes de tout ge, de toute position, se faisaient simples ouvriers en cette circonstance. Le travail tait conduit rapidement et gaiement. Des approvisionnements de vivres suffisants pour deux ans furent emmagasins dans la ville. La houille et le fer arrivrent aussi en quantits considrables : le fer, matire premire de l'armement ; la houille, rservoir de chaleur et de mouvement, indispensables  la lutte. 
:Le docteur avait exig, ds les premiers jours, qu'il vnt habituellement dner chez lui, sauf dans le cas o il en serait empch par un autre engagement ; mais, par un phnomne singulier, le cas d'un engagement assez sduisant pour que Marcel renont  ce privilge ne s'tait pas encore prsent. L'ternelle partie d'checs du docteur avec le colonel Hendon n'offrait cependant pas un intrt assez palpitant pour expliquer cette assiduit. Force est donc de penser qu'un autre charme agissait sur Marcel, et peut-tre pourra-t- on en souponner la nature, quoique, assurment, il ne la souponnt pas encore lui-mme, en observant l'intrt que semblaient avoir pour lui ses causeries du soir avec Mme Sarrasin et Mlle Jeanne, lorsqu'ils taient tous trois assis prs de la grande table sur laquelle les deux vaillantes femmes prparaient ce qui pouvait tre ncessaire au service futur des ambulances. 
:L'ouverture du march du 12 octobre,  cette Bourse unique au monde, ne prsenta rien d'extraordinaire. Comme onze heures approchaient, on vit les principaux courtiers et agents d'affaires s'aborder gaiement ou gravement, selon leurs tempraments particuliers, changer des poignes de main, se diriger vers la buvette et prluder, par des libations propitiatoires, aux oprations de la journe. Ils allrent, un  un, ouvrir la petite porte de cuivre des casiers numrots qui reoivent, dans le vestibule, la correspondance des abonns, en tirer d'normes paquets de lettres et les parcourir d'un oeil distrait. 
:Tout ce qu'on savait, c'est que, le 25 septembre, une traite de huit millions de dollars, accepte par Herr Schultze, tire par Jackson, Elder & Co, de Buffalo, ayant t prsente  Schring, Strauss & Co, banquiers du Roi de l'Acier,  New York, ces messieurs avaient constat que la balance porte au crdit de leur client tait insuffisante pour parer  cet norme paiement, et lui avaient immdiatement donn avis tlgraphique du fait, sans recevoir de rponse ; qu'ils avaient alors recouru  leurs livres et constat avec stupfaction que, depuis treize jours, aucune lettre et aucune valeur ne leur taient parvenues de Stahlstadt ; qu' dater de ce moment les traites et les chques tirs par Herr Schultze sur leur caisse s'taient accumuls quotidiennement pour subir le sort commun et retourner  leur lieu d'origine avec la mention  No effects  (pas de fonds). 
:Tout ce qu'ils purent faire fut de se runir en assemble gnrale, de se concerter et d'adresser une requte au Congrs pour lui demander de prendre leur cause en main, d'pouser les intrts de ses nationaux, de prononcer l'annexion de Stahlstadt au territoire amricain et de faire rentrer ainsi cette cration monstrueuse dans le droit commun de la civilisation. Plusieurs membres du Congrs taient personnellement intresss dans l'affaire ; la requte, par plus d'un ct, sduisait le caractre amricain, et il y avait lieu de penser qu'elle serait couronne d'un plein succs. Malheureusement, le Congrs n'tait pas en session, et de longs dlais taient  redouter avant que l'affaire pt lui tre soumise. 
:L'usine tait compltement arrte, c'tait vident. De cette route qu'il longeait avec Octave, sous le ciel noir, sans une toile au ciel, il aurait aperu, jadis, la lumire du gaz, l'clair parti de la baonnette d'une sentinelle, mille signes de vie dsormais absents. Les fentres illumines des secteurs se seraient montres comme autant de verrires tincelantes. Maintenant, tout tait sombre et muet. La mort seule semblait planer sur la cit, dont les hautes chemines se dressaient  l'horizon comme des squelettes. Les pas de Marcel et de son compagnon sur la chausse rsonnaient dans le vide. L'expression de solitude et de dsolation tait si forte, qu'Octave ne put s'empcher de dire : 
:Marcel, tout en mangeant, songeait  ce qu'il avait  faire. Escalader la muraille du Bloc central, il n'y avait pas  y songer. Cette muraille tait prodigieusement haute, isole de tous les autres btiments, sans une saillie  laquelle on pt accrocher une corde. Pour en trouver la porte -- porte probablement unique --, il aurait fallu parcourir tous les secteurs, et ce n'tait pas une opration facile. Restait l'emploi de la dynamite, toujours bien chanceux, car il paraissait impossible que Herr Schultze et disparu sans semer d'embches le terrain qu'il abandonnait, sans opposer des contre-mines aux mines que ceux qui voudraient s'emparer de Stahlstadt ne manqueraient pas d'tablir. Mais rien de tout cela n'tait pour faire reculer Marcel. 
:Il s'attendait bien  y trouver du nouveau, mais rien d'aussi singulier que le spectacle qui s'offrit  ses yeux. On eut dit que le bureau central des postes de New York ou de Paris, subitement dvalis, avait t jet ple-mle dans ce salon. Ce n'taient de tous cts que lettres et paquets cachets, sur le bureau, sur les meubles, sur le tapis. On enfonait jusqu' mi-jambe dans cette inondation. Toute la correspondance financire, industrielle et personnelle de Herr Schultze, accumule de jour en jour dans la bote extrieure du parc, et fidlement releve par Arminius et Sigimer, tait l dans le cabinet du matre. 
:Marcel le devina sans peine, lorsqu'il eut remarqu que les fragments d'obus, pars sur le plancher, n'taient autres que de petits morceaux de verre. Or, l'enveloppe intrieure, qui contenait l'acide carbonique liquide dans les projectiles asphyxiants de Herr Schultze, vu la pression formidable qu'elle avait  supporter, tait faite de ce verre tremp, qui a dix ou douze fois la rsistance du verre ordinaire ; mais un des dfauts de ce produit, qui tait encore tout nouveau, c'est que, par l'effet d'une action molculaire mystrieuse, il clate subitement, quelquefois, sans raison apparente. C'est ce qui avait d arriver. Peut- tre mme la pression intrieure avait-elle provoqu plus invitablement encore l'clatement de l'obus qui avait t dpos dans le laboratoire. L'acide carbonique, subitement dcomprim, avait alors dtermin, en retournant  l'tat gazeux, un effroyable abaissement de la temprature ambiante. 
: Mon pauvre enfant, lui dit-il aprs s'tre remis, comprends-tu que cette nouvelle qui devrait me rjouir puisqu'elle loigne de nous ce que j'excre le plus, la guerre, et la guerre la plus injuste, la moins motive ! comprends-tu qu'elle m'ait, contre toute raison, serr le coeur ! Ah ! pourquoi cet homme aux facults puissantes s'tait-il constitu notre ennemi ? Pourquoi surtout n'a-t-il pas mis ses rares qualits intellectuelles au service du bien ? Que de forces perdues dont l'emploi et t utile, si l'on avait pu les associer avec les ntres et leur donner un but commun ! Voil ce qui tout d'abord m'a frapp, quand tu m'as dit : "Herr Schultze est mort." Mais, maintenant, raconte- moi, ami, ce que tu sais de cette fin inattendue. 
:-- Vous allez voir, docteur, rpondit Marcel, que ce qui s'est pass  Stahlstadt est la dmonstration, ipso facto, de ce que vous venez de dire. J'ai trouv Herr Schultze assis devant son bureau, point central d'o partaient tous les ordres auxquels obissait la Cit de l'Acier, sans que jamais un seul et t discut La mort lui avait  ce point laiss l'attitude et toutes les apparences de la vie que j'ai cru un instant que ce spectre allait me parler !... Mais l'inventeur a t le martyr de sa propre invention ! Il a t foudroy par l'un de ces obus qui devaient anantir notre ville ! Son arme s'est brise dans sa main, au moment mme o il allait tracer la dernire lettre d'un ordre d'extermination ! Ecoutez !  
:-- Je vous approuve, mes chers enfants, dit le docteur Sarrasin. Oui, Marcel, les capitaux ne nous manqueront pas, et, grce  toi, nous aurons, dans Stahlstadt ressuscite, un arsenal d'instruments tel que personne au monde ne pensera plus dsormais  nous attaquer ! Et, comme, en mme temps que nous serons les plus forts, nous tcherons d'tre aussi les plus justes, nous ferons aimer les bienfaits de la paix et de la justice  tout ce qui nous entoure. Ah ! Marcel, que de beaux rves ! Et quand je sens que par toi et avec toi, je pourrai en voir accomplir une partie, je me demande pourquoi... oui ! pourquoi je n'ai pas deux fils !... pourquoi tu n'es pas le frre d'Octave !... A nous trois, rien ne m'et paru impossible !...  
:Le bon docteur, il faut le dire, n'appartenait pas tellement  l'tre collectif,  l'humanit, que l'individu tout entier dispart pour lui, alors mme qu'il venait de s'lancer en plein idal. Il fut donc frapp de la pleur subite qui venait de couvrir le visage de Marcel  ses dernires paroles. Ses yeux cherchrent  lire dans ceux du jeune homme le sens cach de cette soudaine motion. Le silence du vieux praticien interrogeait le silence du jeune ingnieur et attendait peut- tre que celui-ci le rompt ; mais Marcel, redevenu matre de lui par un rude effort de volont, n'avait pas tard  retrouver tout son sang- froid. Son teint avait repris ses couleurs naturelles, et son attitude n'tait plus que celle d'un homme qui attend la suite d'un entretien commenc. 
: Mon grand Marcel, lui dit son vieil ami, nous reprendrons plus tard notre entretien sur les futures destines de Stahlstadt. Mais il n'est pas dfendu, alors mme qu'on se voue  l'amlioration du sort de tous, de s'occuper aussi du sort de ceux qu'on aime, de ceux qui vous touchent de plus prs. Eh bien, je crois le moment venu de te raconter ce qu'une jeune fille, dont je te dirai le nom tout  l'heure, rpondait, il n'y a pas longtemps encore,  son pre et  sa mre,  qui, pour la vingtime fois depuis un an, on venait de la demander en mariage. Les demandes taient pour la plupart de celles que les plus difficiles auraient eu le droit d'accueillir, et cependant la jeune fille rpondait non, et toujours non !  
: "Je vous rponds non avec autant de sincrit que j'en mettrais  vous rpondre oui, chre maman, si oui tait en effet prt  sortir de mon coeur. Je tombe d'accord avec vous que bon nombre des partis que vous m'offrez sont  des degrs divers acceptables ; mais, outre que j'imagine que toutes ces demandes s'adressent beaucoup plus  ce qu'on appelle le plus beau, c'est--dire le plus riche parti de la ville, qu' ma personne, et que cette ide-l ne serait pas pour me donner l'envie de rpondre oui, j'oserai vous dire, puisque vous le voulez, qu'aucune de ces demandes n'est celle que j'attendais, celle que j'attends encore, et j'ajouterai que, malheureusement, celle que j'attends pourra se faire attendre longtemps, si jamais elle arrive ! 
: "Ma chre amie, dit-il en prenant affectueusement les deux mains de sa femme, ce n'est pas impunment qu'une mre aussi justement coute de sa fille que vous, clbre devant elle depuis qu'elle est au monde ou peu s'en faut, les louanges d'un beau et brave garon qui est presque de notre famille, qu'elle fait remarquer  tous la solidit de son caractre, et qu'elle applaudit  ce que dit son mari lorsque celui- ci a l'occasion de vanter  son tour son intelligence hors ligne, quand il parle avec attendrissement des mille preuves de dvouement qu'il en a reues ! Si celle qui voyait ce jeune homme, distingu entre tous par son pre et par sa mre, ne l'avait pas remarqu  son tour, elle aurait manqu  tous ses devoirs ! 
: -- Pourquoi ? reprit le pre, mais pour avoir la joie de t'entendre, ma mignonne, pour tre plus assur encore que je ne me trompais pas, pour pouvoir enfin te dire et te faire dire par ta mre que nous approuvons le chemin qu'a pris ton coeur, que ton choix comble tous nos voeux, et que, pour pargner  l'homme pauvre et fier dont il s'agit de faire une demande  laquelle sa dlicatesse rpugne, cette demande, c'est moi qui la ferai, -- oui ! je la ferai, parce que j'ai lu dans son coeur comme dans le tien ! Sois donc tranquille ! A la premire bonne occasion qui se prsentera, je me permettrai de demander  Marcel, si, par impossible, il ne lui plairait pas d'tre mon gendre !..."  
